All posts by Lama

bannerkingrule

King Krule / Zoo Kid

Une huppe rousse insoumise sur son front immaculé, parfois une casquette. King Krule est avant tout un corps. Un visage osseux, émergeant à peine d’un accoutrement perdu quelque part entre la chemise d’uniforme et le jogging de banc de touche. Read more…

banner wild flag

Wild Flag – Wild Flag

De Sister Rosetta Tharpe, qui faisait danser les fidèles au son de sa Gibson, à Kathleen Hanna, chanteuse de Bikini Kill ayant malicieusement tagué le mur de son copain d’un « Kurt Smells Like Teen Spirit » avec les conséquences que l’on connaît, le rock comme histoire de filles, ça ne se justifie plus.

Wild Flag ce sont des filles qui font du rock, un rock brut à des kilomètres du rock branchouille qui fait japper les woo-girls dans les soirées Kitsuné. Elle sont quatre, avec en moyenne treize ans depuis le premier album de leurs groupes respectifs : Helium pour Mary Timony, the Minders pour Rebecca Cole, et surtout Sleater-Kinney pour Janet Weiss et Carrie Brownstein. Que des bons crus des années 1990. A l’époque le mouvement riot grrrl avait balayé les US en même temps que le grunge et y avait semé un féminisme gouailleur. Ses fanzines, ses couettes, carrés et serre-têtes gouttant sur les cordes de guitares remplissaient le double objectif de faire baver les mecs et de redonner un tout nouveau statut aux girls.

Les quatre filles se sont donc retrouvées entre copines, et plutôt que de faire une soirée pyjama, elles ont enregistré ce disque. Dix chansons bien produites, sentant la sueur, les hormones et qui tiennent les unes aux autres comme les clopes dans un paquet.

La batterie de Weiss est partout : des toms, des breaks millimétriques. Elle fonde l’édifice. Là-dessus viennent s’ajouter les guitares. Elles dialoguent, l’une dans le médium et l’autre dans l’aigu.

L’assaisonnement est servi par la texture et les occasionnels gimmicks post-punk de Rebecca Cole et son clavier. Alors le disque bascule et ces quatre briscardes deviennent vos copines, celles que vous suivez depuis le début et dont vous êtes fiers de parler autour de vous. Pour autant, le côté vocal est loin d’être en reste, les harmonies sont tour à tour entraînantes (Romance), nonchalantes (les miaulements d’Endless Talk) et même fédératrices (Glass Tambourine), mais vocalement, c’est Carrie Brownstein qui fait surtout le caractère de la musique : ses hoquets et ses bâillements dégagent à la fois une furieuse tension sexuelle très rock’n'roll mais aussi l’appréhension que les années 90 ont distillé dans le rock (Sonic Youth, Nirvana).

Le grand intérêt de l’album provient de la cohérence entre les paroles et le son. La quasi-totalité des chansons évoquent les relations sentimentales, du point de vue personnel : l’ouragan émotionnel qui nous balaye parfois en présence de l’autre (Romance, Something Came Over Me, Boom), ou de la difficulté d’interaction dans le couple et les doutes qui en résultent (Endless Talk, Electric Band, Future Crimes…). Tout ici est énergie. Une dynamique inépuisable alimentée à la fois par l’excitation et l’angoisse. Le son réplique : Au premier abord, tout semble propre et enlevé, puis les guitares et le clavier jettent des accords et des mélodies dissonantes qui brouillent cette image lisse, avant de s’y refondre aussitôt. Cette ambivalence se manifeste particulièrement sur Future Crimes, le juste single de l’album, non pas par son accessibilité mais par sa qualité. Cette chanson incarne véritablement l’album, son urgence. Les doutes existentiels de Carrie Brownstein y sont particulièrement bien illustrés par l’instrumentation : nerveuse et fragile.

Le groupe, dont les membres proviennent parfois de formations beaucoup plus vindicative semble ici vouloir se faire plaisir, en sacrifiant un peu les revendications féministes et la violence d’autrefois. Les filles s’éclatent, sans complexes, sans fuir leur passé ni non plus tomber dans le piège inverse et se vautrer dans ce qu’elles ont l’habitude de faire. Mais ce qui marque le plus, c’est l’absence totale de prétention et de cabotinage. L’album finit volontairement en plein milieu d’un riff, et on imagine bien les filles sourire et s’en aller négligemment de la scène.

Sans toutefois atteindre la verve du Rebel Girl de Bikini Kill ou les hauteurs de l’album Dig me Out de Sleater-Kinney, Wild Flag est somme toute un bon album, qui satisfera les fans des divers groupes dans lesquels les filles ont fait leurs armes. Pour les autres, on ne saurait que trop conseiller Dig me Out, Hooray for Tuesday et the Dirt of Luck avant ce disque.

+ Signé chez Merge Records

+ Site officiel wildflagmusic.com

+ artwork Mike Mills

Vous aimerez peut être aussi : Dig Me Out – Sleater-Kinney // Hooray For Tuesday – The Minders // The Dirt of Luck – Helium