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Dirty Projectors – Swing Lo Magellan

Brooklyn, ce laboratoire de création, en particulier musical, abrite un groupe assez spécial : les Dirty Projectors. Déjà 10 ans de présence sur la scène américaine et mondiale et un dernier album Bitte Orca salué par les critiques, c’est avec impatience qu’on découvre leur album Swing Lo Magellan. Tiraillé entre une pop entrainante et un folk expérimental, le nouvel album des Dirty Projectors apporte, encore une fois, un peu de folie à la scène pop-rock parfois un peu trop aseptisée.

Bien que cet album soit un concentré de créativité et même de génie, Swing Lo Magellan ne semble pas avoir d’unité. Les titres s’enchaînent de manière étonnante, un peu comme ces suites improbables d’accords, récurrentes dans les compositions de David Longstreth, le leader des Dirty Projectors.
Malheureusement, les sensations de déstructuration, d’allures saccadées et de rythmiques décalées sont beaucoup moins prononcées que dans les précédents albums. David Longstreth, se lâche souvent, appuyé par les chœurs rayonnants des autres membres (Olga Bell, Haley Dekle, Amber Coffman), pour faire éclater son timbre clair et fragile de manière étrangement communicative.

La qualité des compositions se révèle à nous lorsqu’on se rend compte qu’aucun des titres ne se ressemblent. « Gun has no trigger », titre incontournable de l’album, probablement un des meilleurs de l’année 2012, représente à merveille Swing Lo Magellan : simplicité et complexité à la fois. Des arrangements simples et des instruments basiques délivrant une mélodie complexe et travaillée. Sur « Dance for You » par exemple, malgré un refrain qui prend sérieusement la tête : « dance for you dance for you dance for you »…, se cache un petit solo de guitare surprenant, plutôt fébrile, le genre de solo que tout le monde peut faire mais que personne ne fait. « About to Die » nous plonge dans une atmosphère oppressante aux violons graves et percussions stressantes, dès les premières mesures (on est sur le point de mourir, évidemment). Sur « Just from Chevron », on retrouve les arpèges de guitares affolés, une des caractéristiques du précédent album, le titre « Swing Lo Magellan » nous propose un folk bien efficace… Bref, quand on écoute l’album, a aucun moment on ne peut dire « ça me fait penser au morceau d’avant ».

Swing Lo Magellan, plus accessible que les précédents albums, reste néanmoins de très grande qualité et reflète parfaitement l’esprit dérangé des Dirty Projectors.
Au fait, le groupe nous prépare un film dans un style surréaliste, les mettant en scène et utilisant les titres de leur nouvel album. Réalisé par Longstreth, Hi Custodian est prévu pour cet été.
Qu’ils continuent à nous surprendre en nous gâtant les oreilles.

Signé chez Domino Records

Site Officiel : http://dirtyprojectors.net/

 

 

 

 

 

 

 

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Botibol – The wild cruises

L’année dernière, Botibol nous avait impressionné avec son premier album Born from a shore salué par la critique. On se demande comment le prochain album pourra être à la hauteur.
Cette année le groupe emmené par Vincent Bestaven est de retour avec un EP qui s’annonce aussi bon, et on en est ravi. « Through The Mountains » ou encore « Fleet Foxes », des titres de Born from a shore, avaient particulièrement marqués les esprits. Sur ce nouvel EP, c’est le cas du premier titre « Stern Faces ».

Quelques secondes suffisent pour que le premier titre nous plonge dans l’univers pop rock plânant, « onirique et solaire » de Botibol, qui se prête à merveille pour débuter ces « croisières sauvages ».
Les « Cuivres aériens, guitares constellées et voix venues d’ailleurs confèrent à The wild cruises une couleur rare et surréaliste » mais ce qui est surréaliste, ce sont les changements de rythme qui se répondent tout au long de l’EP, ils procurent une sensation particulière, comme si le temps se figeait l’espace de quelques mesures.
The Wild Cruises, c’est aussi l’arrivée (in)attendue de cuivres, les grands absents du premier album, que l’on retrouve sur chacun des nouveaux titres. Cette introduction de « cuivres aériens » emmène Botibol d’un folk pop classique, à un folk plus orchestral, un peu à la Patrick Watson, ce qui donne au disque un côté bien plus travaillé.
La deuxième chanson, assez surprenante, part dans un tout autre registre, un subtil mélange entre une musique des îles et un folk typique de Botibol. Manifestement, « The Islands » porte bien son nom.
Enfin, c’est avec un folk désabusé, simple et posé, rappelant clairement Born from a shore, que « Blue » vient achever cet EP sur une note plus brute et épurée que les précédents titres.

Le label hiphiphip se fait plaisir et nous fait plaisir ces dernières années, à l’image d’autres labels français tel que Talitres ou Kütu Folk.
Par des compositions de qualité, des représentations remarquables sur scène, Botibol n’a pas fini de nous surprendre, en écoutant The wild cruises, on attend l’album prévu en 2013 avec impatience.
Les bordelais peuvent être fier de leur scène folk.


Site officiel
Signé chez Label Hiphphip

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Clark – Iradelphic


Les mélodies électroniques sans fin et les beats affolés, ont rythmé la carrière de l’artiste et sont, en quelque sorte, sa marque de fabrique.
Depuis presque 10 ans d’existence sur la scène électro, après Body Riddle, Turning Dragon ou encore Totems Flare, Clark nous présente sa dernière création : Iradelphic. Il décrit lui-même cet album comme étant « un tout, ambigu, rayonnant, incandescent, invincible, complet » : pourquoi pas…En tout cas, dès la première écoute, les titres se succèdent, et on s’aperçoit qu’Iradelphic est manifestement différent.

En février dernier, la vidéo improbable de Clark, plaquant quelques accords sur un clavecin, intriguait. La sortie d’Iradelphic nous livre clairement l’explication : tout au long de l’album, on peut y entendre des guitares acoustiques, un clavecin, et même du chant (si ce n’est pas sa voix, c’est celle de Martina Topley-Bird). « Black Stone » par exemple, est uniquement joué au piano, aucune chance de deviner qu’un certain Clark en est l’auteur…
L’atmosphère de cet album est donc bien plus organique, calme et acoustique que dans ses précédents albums. Il nous avait habitués à autre chose, rappelez vous « Totem Crackerjack », « Rainbow Voodoo » …La maturité, l’âge peut-être, Clark s’est calmé, les samples de beats déjantés, c’est terminé.
Evidemment, les arpèges de guitares acoustiques posés sur une rythmique simple et efficace, rappellent le style de son ami du même label (Warp), Bibio. Cette influence incontestable, s’explique par les nombreux lives qu’ils ont partagé, et par cette sortie Willenhall/Baskerville Grinch de Bibio/Clark, datant de l’année dernière.
En revanche, la petite touche Clark réapparait de temps à autre, notamment lors du solo interminable, absolument génial, d’un synthétiseur, venant fendre la douceur de « Tooth Moves » comme s’il se retenait depuis le début avant d’éclater.
On remarque que Warp a commencé par dévoiler « Com Touch », le seul titre qui sonne vraiment comme ses dernières sorties, certainement pour ne pas froisser trop tôt tous les inconditionnels de Clark.

Finalement, le triptyque « The Pining » résume assez bien l’album, reprenant un thème sous différentes formes, tel un exercice de style, qui vient s’éteindre et achever Iradelphic dans l’ombre de l’ambiant « Broken Kite Footage ».
Tous ces sons acoustiques, parfois planants, rendent Iradelphic étonnant, accessible et recherché. Avec le temps, cet album très ambigu, pouvant laisser certains indifférents, sera indiscutablement considéré comme le résultat profond et touchant d’un travail bien ficelé.

Site Officiel

Signé chez Warp

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Interview : SEVERIN

                            

Les rues de Londres n’ont pas fini de nous donner le sursaut d’une découverte prometteuse. Et pour cause, produit par Rory Attwell (Test Icicles / Yuck ) , le duo londonien SEVERIN dévoile une partition clair-obscure où la mélancolie côtoie l’ivresse nocturne. Danny Sanchez et Elizabeth Anne Martin forment ainsi la conjonction musicale des Spacemen 3 au jeune homme de Spectrum en faisant des détour subtils dans les couloirs des Knife ou Ladytron . Crack Magazine de rajouter «  Everything Break EP nous rappelle le son des Crystal Castles ajouté d’un cri lancinant aux rythmes industriels. Dire que nous sommes excités est un euphémisme…». Benoit de Funk You Dear les a rencontré à Londres pour leur show à l’Electricity showrooms dans le quartier de Shoreditch.

Lisa, rédactrice en chef. 

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D’où venez-vous et comment vous êtes-vous rencontrés?

Elizabeth : Je suis née à Londres, et j’y vis toujours.
Danny : Je viens de Sao Paulo, Brésil. On s’est rencontrés il y a un peu plus d’un an, on avait chacun notre groupe, qui avait pourtant des styles assez différents. Mais comme on dit, les temps changent et, un jour, on a commencé à jouer ensemble.

Votre EP s’appelle Everything Breaks, pourquoi ce titre? Est-ce une référence aux récentes révoltes de l’East London ?

E : Non pas vraiment…enfin si peut-être un peu. Everything Breaks est une réflexion sur l’obsession que les gens ont de consommer, d’acheter, d’accumuler pleins de choses. Et ce qu’on essaie de dire à travers ce titre, c’est qu’ à un moment, quoi que tu fasses, tout se casse, tout s’éteint. On ne peut rien faire pour garder éternellement nos biens, il ne faut pas trop y faire attention. Même si on essaie de s’accrocher au passé et de garder ces choses, le monde bouge constamment, et un jour elles s’abîment et se cassent. On doit l’accepter et aller de l’avant.

Comment décririez-vous votre musique ?

E : C’est vraiment dur de la limiter à un seul genre. En fait, on ne fait pas de l’électro pure et dure ou du post-rock mais on emprunte pleins d’éléments provenant de genres différents. Le plus simple serait de dire que c’est de l’« electronica » ?
D : Ouais, de l’«electronica » avec des sons de guitares, de synthétiseurs, des nappes psychédéliques, un beat lourd, une basse lourde. Et le mélange des styles caractérise aussi très bien la musique que nous faisons.

Quelles sont vos influences ?

E : Patti smith, Crystal Castles, the Who…
D : Sonic Youth, My Bloody Valentine, Flying Lotus,The Knife, Modeselektor, Caribou…

La ville de Londres est-elle une source d’inspiration pour vous ?

E : Oui bien sûr, j’ai grandi à Londres, cette ville a bercé mon enfance et ma vie, donc elle influence inconsciemment les paroles et la manière dont on compose. Tous les jours je découvre des choses, tout va tellement vite ici et ça a un impact considérable sur notre musique. J’étais à l’étranger, il n’y a pas très longtemps, je ré-écoutais l’EP, et je me suis dit ça sonne « paranoïd », ça va à toute allure, ça sonne « London » !

Ça fait quoi de sortir son premier EP ?

E : C’est cool, on en est très fiers ! C’est vraiment ce qu’on voulait faire et on a la chance d’avoir un bon label qui travaille avec nous et qui nous accompagne bien. (Tip Top Recordings)
D : C’est quelque chose qui me tenait à cœur, et on l’a fait !

Quels sont vos projets pour la suite ?

D : On travaille sur quelques titres pour l’album à venir, mais on va surement sortir un autre EP ou un Single avant la fin de l’année. Sinon, on va bientôt jouer à Oxford, et on va faire un concert sauvage dimanche prochain.
E : On a vraiment hâte de faire une tournée en Europe, en France, en Allemagne, en Italie…et aux Etats-Unis aussi.
D : Et au Japon !
E : Mais pour le moment, c’est à Manchester qu’on s’est le plus éclaté, on a adoré ! Les mancuniens sont géniaux, je trouve qu’ils ont une approche différente de la musique, dès le début de notre concert ils commençaient à danser et à profiter. On s’est fait de bons amis là-bas.

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Questionnaire FYD


Qu’écoutes-tu sous la douche?
Elizabeth : Je chante sous la douche, donc je m’écoute…
Danny : Moi aussi !

Qu’écoutes-tu pour conduire?
E : Led Zeppelin
D : Queen of The Stone Age

Une reprise/remix meilleur que l’original(e)?
E & D : Crystal Castles remixé par Sonic Youth (« Celestica »)

Un bruit/son que tu aimes?
E & D : Le silence

Un bruit/son que tu détestes?
E & D : Aucun

Un mot que tu aimes?
E & D : « Obstropolus » c’est un mot qui n’existe pas, mais il devrait…ça veut dire « peu commode »

Un mot que tu détestes?
E & D : « Work »

Quelle est ta drogue légale préférée?
Elizabeth : Le chocolat
Danny : Le whisky

Une personnalité pour illustrer un billet de banque?
E & D : Patti Smith

L’album de l’année 2011?
E & D : SBTRKTSBTRKT

+ Retrouvez SEVERIN ici

& le site de l’Electricity Showrooms ici

Crédits photos: Camille Frapolli, Béni

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Music In Motion #5

Pour le cinquième Music in Motion, Funk You Dear vous propose le dernier clip conceptuel de Mint Julep, celui de Bon Iver qui vous plonge dans les abîmes de la tourmente…Seregenti vous remonte le moral avec son humour agressif et The Pharcyde imposent leur style à l’envers.

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L’Insolite

A la fois beau et oppressant, le dernier clip de Mint Julep nous montre les choses autrement et nous propose une vision du monde différente. Les berlinois de « A Nice Idea Everyday » ont réalisés le clip « To The Sea » en utilisant une nouvelle technique qu’ils appellent « 3D camera shift » offrant ainsi une autre dimension au clip. Vous pourrez y découvrir des jeunes littéraires insouciantes flânant au bord d’un lac, une journée d’automne.

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Le Beau

Après le superbe clip « Holocène » voici le nouveau clip de « Tower » encore une fois, la beauté de la nature nous éblouit. Une sorte de vieux marin solitaire et touchant semble n’avoir plus qu’une seule chose qui le rattache à la vie : une tour dans la mer qu’il construit à l’aide de petit bout de bois. La solitude et l’effondrement d’une vie, des thèmes omniprésent chez Bon Iver sont magnifiquement exprimés par le réalisateur australien Nabil.

 

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Le Drôle

Pauvre Shaquille O’neal…il n’aurait jamais dû se lancer dans le rap et le cinéma (le Génie du film Kazaam). Il est aujourd’hui puni par le rappeur Seregenti d’Anticon Records. Ce clip rempli de couleurs fluo, de moustaches et de têtes de Shaquille O’neal a pour unique but se foutre de la gueule du basketteur américain aujourd’hui à la retraite. Assez mesquin mais très drôle.

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L’Oublié

Le clip mythique des Pharcyde « Drop », réalisé par Spike Jonze, avec les fameux « mmm….. drop » samplés des Beastie Boys n’est, je l’espère, « L’Oublié » de personne. En 1995, à Los Angeles, en un seul plan séquence, les membres du groupe ont fait leur show devant la caméra et le montage du clip a été entièrement monté en marche arrière, lui donnant un effet particulièrement déboussolant. Une grande première dans l’histoire du clip musical.

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Django Django – Django Django

Voilà ce que le Royaume-Uni nous a encore pondu; une perle de plus : Django Django.
Ces quatre irlando-écossais ont passé leur temps à préparer cet album dans l’est londonien, là où la mixité culturelle et les marchés vintage règnent. On comprend mieux pourquoi les styles, les époques, les références bouillonnent et se mélangent si bien : Beach Boys, Peaking Lights, New Order, rythmes africains, claviers 80s, tout y passe…

Après les sorties successives des incontournables “WOR” et “Default” annonçant le gros potentiel du groupe, on pouvait s’attendre à un reste d’album, propre, carré mais au final sans intérêt… difficile d’assurer un album percutant qui tienne la route du début à la fin en dévoilant deux morceaux de ce niveau là avant la sortie officielle de l’album (un album qu’on attend depuis plus de deux ans). Ils ont osé, ils ont eu raison. Les morceaux s’enchainent et on ne s’en lasse pas.
L’album débute par une montée assez tendue qui nous plonge directement dans un décor égyptien, pour nous transporter petit à petit dans un monde cosmique et la tension se voit redescendre grâce à un riff de guitare 60s, bourré de reverb, sorti de nulle part. Les secondes voix venant systématiquement accompagner la voix timide et fragile du chanteur, donnent l’étrange impression que Vincent Neff, le chanteur guitariste du groupe, se dédouble (très bien illustré dans le clip perché de « WOR »)

Cocktail explosif d’étranges créativités et de bizarreries réfléchies, l’album Django Django reste tout de même très accessible, très pop, les rythmiques sont la plupart du temps simples, basiques, efficaces et parfois dansantes : vous vouliez de la pop expérimental, vous en avez.

En résumé, la manière la plus simple pour vous décrire cet album est de vous laisser observer sa pochette : tout devient clair ! … Django Django est un ensemble de choses indéfinissables, colorées, métalliques et molles, à la fois rétro et futuristes, le tout sur un fond désertique africain.

Django Django – Default by Django Django
Site Officiel

Signé chez : Because