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Lotus Plaza – Spooky Action At A Distance

On connaît surtout Lockett Pundt pour sa participation dans Deerhunter, qu’on n’a plus vraiment besoin de présenter. Au contraire, sous le nom Lotus Plaza, pseudonyme de l’auteur, il n’avait sorti qu’un album, The Floodlight Collective, passé relativement inaperçu. Pour être tout a fait honnête, c’était sympa, sans plus, le tout abusant parfois de grognements faussement masqués par une surabondance de reverb. Le nouvel album de Lotus Plaza s’ouvre, quant à lui, sur un style bien différent. Ainsi, même si la forme ne change que marginalement, restant à base d’une avalanche de reverb et de guitares avec une voix éthérée façon dream-pop, on sent que l’artiste a muri. En étant mauvaise langue, on pourrait dire qu’on apprécie de se trouver face à un vrai projet alternatif, plutôt que face à un répertoire de compositions trop shoegazées pour Deerhunter. Mais ce serait sûrement beaucoup trop sévère

C’est d’ailleurs plutôt amusant que l’artiste ai choisi de citer Einstein pour le titre de l’album Spooky Action at a Distance (Action fantôme à distance). C’est un admirable sens de l’à-propos quand on voit que pour cet album, Lotus Plaza a renié la shoegaze pour une pop qui ne cherche certainement pas la distance pour toucher l’auditeur. On penserait presque à du Real Estate la première fois qu’on écoute « Strangers ». L’album prend ensuite, dès la fin de cette première piste, une voie bien plus intéressante. L’ensemble se distord peu à peu à partir d’ « Out of touch », pour ne jamais vraiment revenir à cette pop naïve qu’on aurait anticipée. Les guitares commencent à saturer, les voix se diluent dans une reverb toujours omniprésente. Ainsi, même la très sage « Dusty Rhodes » semble toujours à deux doigts de tomber en pièces. Mais plus encore, ce qui frappe tout au long de l’album, c’est ce son 90’s, particulièrement flagrant sur « White Galactic One » et « Monoliths ».

Lockett Pundt décrit son processus de composition solitaire, seul face à un 4-piste, où les sons qui comportent trop d’instruments différents pour être jouées sur scène par Deerhunter finissent chez Lotus Plaza. Pour nous, ca ne change rien, parce que pour le coup, c’est presque aussi bon que chez Brian Cox. On se dit qu’une chanson comme « Jet Out the Tundra » aurait très bien pu finir chez eux, comme une bonne moitié de cet album. La piste suivante révèle une perle, « Eveningness », presque à elle toute seule l’exemple de ce qu’une bonne chanson pop devrait être, le genre qui donne envie de presser la touche repeat dès la première écoute. La pourtant très agréable « Remember Our Days » peine à suivre. Lotus Plaza conclut son album sur une jolie (même si très classique) ballade, « Black Buzz », et par une outro bruitiste, sonnant tel un artiste qui sort de scène en laissant négligemment sa guitare face aux amplis.

Après avoir écouté Spooky Action At a Distance, il faut se rendre à l’évidence, cet album est un bijou. Lotus Plaza réussit le compromis, toujours complexe, de composer un album de pop qui soit riche tout en étant accessible, complexe et inspiré. En bref, un grand album.

Signé chez : Kranky

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