De la photographie et de la musique.

« La photographie, c’est le temps. » nous confie Richard Bellia. Le temps qui passe, le temps qui reste, le temps que l’on voudrait surprendre. C’était en 1980, un premier appareil photo à la main, une fête de la Mirabelle dans la région de Metz et un groupe sur scène, Bijou. Les premiers instants d’une longue péripétie qui file toujours, les débuts d’un travail passionné et sincère retracé brièvement en quelques photographies touchantes que l’on retrouve à présent au Transbordeur – Neil Young, Iggy Pop, Blur, Nicolas Jaar, David Byrne… Funk You Dear s’est arrêté un instant avec Richard Bellia sur ses bouts d’Histoire à part entière tout en écoutant une suggestion de morceaux choisis par ses soins.
Il y a la musique que l’on ressent, que l’on fait, que l’on entend. Il y a les mots pour la décrire. Les images pour la visualiser. Le corps pour la ressentir. Richard Bellia, lui, a choisit la photographie. Celle du négatif. De la chambre noire. De la pellicule. Le travail du photographe s’étale sur plusieurs années dans un univers musical où le rock transpire ses idoles. Des idoles que Richard Bellia a voulu avant tout surprendre dans leur humanité, dans l’être en tant qu’être au-delà du fantasme de leur représentation. « Il faut les faire rire. Le rire est ce qu’il y a de plus humain » nous dit-il.
Et c’est ce que l’on ressent en voyant les travaux de Richard Bellia : la timidité, la joie, la souffrance, la peur, l’oubli de soi, le bonheur… autant de sentiments humains qui traduisent la volonté du photographe de rendre compte de l’instant vrai. Cet instant vrai où Kurt Cobain sourit comme enfant en regardant Dave Grohl ; la complicité du jeu de regards. Les images deviennent ainsi véritable théâtre des relations entre les artistes, avec la subtilité d’un regard, la légèreté d’un geste amical, la gentillesse d’une attention.
Et pour cause, cet instant en dit long sur la façon dont travaille Richard. Si ses photographies apparaissent si personnelles et étonnantes, c’est que, selon lui, il va les « chercher à des endroits différents ». Le photographe est alors pleinement acteur de son travail : on ne l’appelle pas pour aller prendre tel ou tel plan de manière très organisée et réglementée mais c’est au contraire lui qui part à la recherche de ses inspirations. Richard Bellia va en avant de ses opportunités. Il va chercher l’artiste dans sa familiarité pour l’attraper dans son présent. Il capte son expression particulière lors des concerts, sa personnalité au détour d’une cour intérieur, son ressenti dans les coulisses…
Get It On – T-Rex by lipstickguitar
L’élan du photographe se déroule ainsi depuis des années. Une formation autodidacte, sur le terrain, dans le mouvement de cet univers rock… et dans le souci de l’indépendance. Son dernier livre « Un Oeil sur la Musique » en est un exemple. Retraçant pas moins de 2kg de photographies, celui-ci est clairement auto-produit. Et cette mentalité du DIY a son importance. « L’auto-édition est cruciale » ajoute t-il. Oui, elle est cruciale, car cette auto-édition permet avant tout de garder le contrôle de son produit sans payer d’intermédiaire : cette indépendance fait partie imminente de la personnalité de Richard Bellia et joue éminemment dans son travail.

Pour autant, Richard ne se considère pas comme un artiste. Humilité sincère ? fausse modestie ? Il répond à cela que « l’artiste est pour moi quelqu’un qui part de zéro. Qui part d’une feuille blanche, d’une guitare… Et moi je ne contrôle pas ce qu’il y a sur la photo. Si je me dis que je suis un artiste, ça veut dire que j’instrumentalise les gens que je photographie. Ils deviennent mon matériau. » Alors nous ne dirons pas que Richard Bellia est un artiste, non. C’est simplement un « bon photographe » qui nous offre des pépites.
Heroes – David Bowie, original by grassfordinner

+ retrouvez Richard Bellia :









Magali
Superbe article ! Tu retranscris très bien ce qu’on ressent à l’expo.
Lisa
Merci Magali !
David
Bel article qui nous fait cerner le personnage…. avec le son on a en outre 3 dimensions : texte, photo et musique…. On s’y croirait !