Interview Reports — 26 octobre 2011 par Tristan
Live Report + Interview / The Shoes @ Nancy jazz Pulsations

Peu importe si tu portais des bottes, des baskets fluo, des santiags, des escarpins…

Après un silence, lumière et tes mains claquaient comme jamais au rythme des « danseurs batteurs » et aux sons pop des deux amis d’enfance. The Shoes et les chorégraphies frénétiques des batteurs (Das Galliano) ont réveillé les pieds de la poignée de gens présents ce soir là. Face à une salle plutôt vide et timide, les quatre musiciens n’ont de loin pas joué l’économie et, possédés, nous ont offert un show explosif.

Nous les avons rencontré quelques heures avant leur delirant live.

Funk You Dear : Salut The Shoes, bienvenue au Nancy Jazz Pulsations. Vous êtes de Reims, et la scène musicale rémoise fait beaucoup parler d’elle avec Brodinski, Yuksek, The Bewitched Hands, etc. J’ai l’impression qu’il y a une vraie fédération, c’est le cas?

The Shoes : J’aime bien ce mot « fédération ». On pourrait dire « la secte ». Tu sais, Reims c’est pas une grande ville, on se connait tous. Même d’avant qu’on fasse de la musique. Chacun a évolué de son coté, mais on a aussi évolué ensemble.

FYD : Tous ces groupes réussissent assez bien à l’étranger. Le fait que Reims ne soit pas une capitale joue-t-il un rôle à votre avis? Pourrait-on comparer ce phénomène à la scène versaillaise?

The Shoes : C’est intéressant, mais on y a jamais vraiment réfléchit. C’est vrai qu’actuellement la scène de Reims est un peu mise en avant par les médias, etc… mais je pense que les groupes français, de manière générale, ont une vision plus internationale maintenant. Et c’est plus une question de timing si aujourd’hui Reims est mis en avant. Demain ça sera peut être Nancy. Et ces groupes là essayerons aussi de faire une carrière internationale.

FYD : Vous venez donc de Reims, mais vous passez beaucoup de temps à Londres. Moi la première fois que je vous ai entendu c’était le titre America sur la compilation Juice vol.1 de Clark magazine. Et j’avoue que j’ai pensé sur le coup que vous étiez anglais. Comment ça se passe à Londres? Etes vous considérés comme les « frenchies »?

The Shoes : Vu comme on cause anglais, on est carrément les frenchies… Mais en fait, pas tant que ça. On ne fait pas une musique spécifiquement française. On ne fait pas de la French House, on ne fait pas de la French Touch 2.0. Donc c’est vrai qu’on est plutôt intégrés au paysage musical là-bas. On a pas un succès phénoménale, mais on est très connectés là-bas, on est présents, on travaille majoritairement là-bas, donc même si fatalement on est un peu les frenchies, et on nous taille un peu là dessus, je pense qu’on fait de la musique qui est plus dans la mouvance anglaise que française. Et en plus, on est produit par Lexxx.

FYD : Lexxx qui a produit avant vous Crystal Castles, Esser, etc… Comment en êtes vous arrivés à travailler avec lui?

The Shoes : C’est notre manager anglais qui nous l’a proposé. On a fait un test, on lui a envoyé Stay The Same pour qu’il le mixe. Et dans un premier temps on était pas convaincus du tout. Puis en fin de compte on s’est aperçus que c’était super et on est partis chez lui, dans son studio à réarranger un peu tout, puis après dans un vrai studio, on a refait toutes les prods, tout le mix. Il nous a fait changer énormément de choses, il nous a mis en confiance sur certains trucs, il nous a carrément dit que certains autres étaient pourris. Donc on a retravaillé vraiment de concert avec lui et je pense qu’il nous a apporté vraiment beaucoup.

FYD : Ça fait longtemps que vous jouez tous les deux. Au tout début vous faisiez plutôt du grunge non?

The Shoes : Franchement, on a tout fait. Dès qu’un style nous plaisait on montait un groupe dans ce style. Donc ça fait beaucoup de groupes.

FYD : Ok. Vous vous êtes fait connaître avec vos remix. C’était plutôt electro, et là, votre album est quand même très pop. Est-ce que Lexx a joué un rôle dans ce choix?

The Shoes : Non, là c’était vraiment notre volonté. Un jour on s’est dit « avec The Shoes on fait ce qu’on veut ». Lexxx a fait le ciment entre tous les morceaux qui étaient tous un peu patchwork.

FYD : Les timbales sur le titre Cliché me font beaucoup penser…

The Shoes : à Fort Boyard?

FYD : non, à celle de Björk sur Human Behaviour. C’est un hasard?

The Shoes : Je dois avouer que c’est pas un hasard. Nous on avait adoré Björk à l’époque de ses deux premiers albums. Et quand j’ai enregistré ces timbales, je pensais à ce morceau de Björk. Mais il y a prescription! Le titre est vieux. Et puis c’est plutôt un clin d’oeil. On aime bien ça les clins d’oeil. Dans le live tu vas voir, on en fait beaucoup. A un moment on reprend The Cure, on fait une reprise de Show Me Love de Robin S, on fais un petit passage de Connected de Stereo MC’s.

FYD : Vos live, parlons-en. C’est souvent délicat pour un groupe qui fait de la musique plutôt electro de faire un live qui tienne la route. Vous, vous avez deux batteurs n’est-ce pas?

The Shoes : C’est vrai que quand tu es un artiste electro et que tu produis tout chez toi à la maison, la question du live est très épineuse. Nous, on s’est beaucoup posé la question. Comment avoir un rendu « live » tout en respectant un minimum le disque et en s’amusant. On est fan de Justice par exemple. Eux, leur truc c’est la croix et les murs d’amplis et je trouve que c’est vraiment un coup de génie terrible. Mais si tu enlèves ça, c’est 2 gars qui touchent à des machines. Comme le live de Daft Punk d’ailleurs que j’adore. Eux ils ont leur pyramide, nous on a eu le concept de multiplier les batteries. On a fait récemment un concert à quatre batteurs, avec moi parfois ça fait cinq. On a choisi une approche assez rock’n'roll. Je trouve que certains artistes electro se défoncent pour leur live. Notre copain Etienne de Crécy a développé un concept énorme avec son cube et ses projections.

FYD : Vos clips font sensation. Stay The Same et Cover Your Eyes sont tous deux nominés aux UK Music Video Awards. Et ce sont des clips très cinématographiques. Ça vous intéresserait de composer la musique d’un film?

The Shoes : Ouais, on est très fiers d’être nominés. Woodkid aussi est nominé 3 fois. On a déjà travaillé sur le film Mammuth, on y a composé les thèmes musicaux. C’est un exercice qui nous plait bien et on se voit recommencer. On aime bien l’image. On a fait aussi pas mal de pubs pour gagner notre vie. On a travaillé avec des réalisateurs intéressants comme Wong Kar-Wai, Michel Gondry, des gens dont on admire le travail. On était content que Daniel Wolfe accepte de réaliser le clip de Stay The Same. D’ailleurs, il va en faire un 2ème pour Time To Dance qui sera un peu la suite du premier.

FYD : Quand vous avez sorti America, on vous a beaucoup associé à la scène New-Rave (Klaxons, Hadouken!, etc…). Vous en pensez quoi?

The Shoes : Nous on est des passionnés de musique, et on a la fâcheuse tendance de suivre les mouvements. Donc fatalement, ayant adoré ça on peut voir qu’America s’inscrit dans la même mouvance. En plus on avait remixé Hadouken!, notre pote Brodinski avait remixé The Klaxons, donc on s’était inscrit là dedans et je pense qu’on a évolué en même temps que ces artistes là. Et je pense que le prochain album des Klaxons va être super intéressant.

FYD : Espérons qu’il soit mieux que leur second.

The Shoes : …c’était un album un peu étrange en effet. Je ne l’ai pas trop aimé, mais je peux déjà te dire que le prochain va être très bon.

FYD : Et quels sont les meilleurs albums de l’année 2011 selon vous?

The Shoes : J’aime bien l’album de The Horrors, à chaque fois ils sont surprenant. J’adore la prod aussi. Dans un style complètement différent j’ai adoré l’album Electronic Dream d’araabMUZIK. C’est un producteur de rap qui donne sur cet album sa vision de la musique électronique. Donc c’est plein de clichés de la transe et plein de sons dégueulasses comme ça à la façon hip hop et j’adore ce disque.

FYD : Et quels sont les albums les plus sur-évalués de 2011?

The Shoes : J’adore WU LYF, mais l’album j’ai du mal à l’écouter en entier. Je ne dirais pas que c’est sur-évalué parce que je trouve ça très bon, mais sur la longueur… « arrête de gueuler! ». Le concept est génial, tout le marketing autour du groupe, l’image, le mec est beau gosse. Tout est bien, mais au bout d’un moment… Ça me saoule.

FYD : Et sans se limiter à 2011, vous pouvez me citer des albums vraiment importants pour vous?

The Shoes : Je viens de racheter le vinyl de Silver Apples. Un truc complètement improbable, mais l’album Timeless de Goldie qui date de 1995. C’est un album qui nous a beaucoup marqué, et on s’en est pas mal inspiré pour le son de notre disque, les napes, la clarté très glaciale avec une reverb très froide. Après on en a plein des classiques. Le premier album Solo de Syd Barrett, n’importe quel album de The Cure, n’importe quel album des Pixies, le premier Wu-Tang.

FYD : Pour terminer, vous pouvez me dire quel est le groupe le plus incongru auxquels on vous a comparés?

The Shoes : Alors c’est pas tant incongru, mais on nous compare très souvent à Hot Chip, et en fait on a jamais écouté ce groupe. Bon, depuis on a écouté et on aime beaucoup. Et c’est vrai qu’on voit un peu le rapport, mais c’est un groupe sur lequel on ne s’est jamais penché avant. On nous a aussi souvent comparé à New Order alors que je ne vois pas le rapport. Ce sont les journalistes qui n’ont pas beaucoup de culture, ils voient un truc un peu electro avec une basse : New Order! Mais en général je peux dire qu’on a été quand même assez gâté par la presse. C’est d’ailleurs un plaisir inestimable de voir que son travail est apprécié comme ça.

+ Crédit photos Tristan

+ site officiel

+ écoute l’album sur Spotify

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