De Saul Williams à Misteur Valaire en passant par les énergumènes de Stupeflip et l’américain Pigeon John, le NJP a encore frappé. Funk You Dear y était pour vous, sur tout les bords: vous pouvez retrouver les photos de la soirée ici et lire à la suite nos deux interviews : Saul Williams et Pigeon John.
Issu de la scène libre (open mic) du Good Life Café à L.A, l’américain Pigeon John s’avance d’un pas assuré devant le vide inquiétant de la scène du chapiteau. Et pour cause, Pigeon John est notamment connu pour ses performances lives. Après quelques chansons, le public se gonfle, se trémousse peu à peu et reprend en coeur le tube de l’artiste « The Bomb ». Nous l’avons rencontré quelques heures avant son live.
Funk You Dear : Salut Pigeon John, bienvenue au NJP!
Pigeon John : Merci beaucoup
FYD : Que penses tu du festival, et plus particulièrement de cette soirée hip hop? Tu connais les autres groupes?
P.J. : Oui, notre ingé son, et notre tour manager sont tout deux français et mettent du Stupeflip quand ils conduisent. Et nous étions au Festival Marsatac à Marseille où je les ai vu. J’ai beaucoup aimé les sombres mélodies de leur beats. Et Saul Williams, nous avons fait des titres ensemble à L.A. donc c’est un grand plaisir de jouer ici avec eux. Ça devrait être un bon show!
FYD : Tu as une démarche très positive, très humoristique. Comment est-ce perçu dans le milieu Hip Hop? Comment gères-tu la question de la « street credibility »?
P.J. : Depuis que je suis gamin je vais aux scènes libres (The Good Life à Los Angeles) et là-bas on te demande d’avoir ton propre style, d’être toi même. Donc si tu étais ou si tu as un gangster don fait le, et fais le bien. Il y en a pleins d’ailleurs, et des très bons. Snoop Dogg est l’un de mes préférés. Mais moi j’ai grandi autour de tout ça, je n’étais pas dedans, je n’ai jamais été un gangster. Aussi je pense que l’humour a sa place. Pour moi le hip hop hardcore est le plus drôle. Un dealer qui dit « j’ai de la drogue sur moi » c’est complètement con, c’est hilarant. Pourquoi, bon sang, tu vas dire que tu vends de la drogue? Je ne connais aucun dealer qui dit « je vends de la drogue« .
FYD: Tu as une nouvelle démarche sur ton dernier album Dragon Slayer, puisque tu n’utilises plus uniquement des samples, mais tu as utilisé de vrais instruments que tu as enregistré toi-même.
P.J. : Je jouais déjà un petit peu avant, un peu de clavier. Et pour cet album, j’ai programmé les percussions, joué les instruments, et j’ai apporté le tout à Hervé Salters qui l’a produit, retravaillé certaines parties ou rejoué certaines parties. Il a apporté ce son vintage de General Elektriks. Et ça a créé un mélange génial. J’ai le sentiment que je n’ai jamais fait ça avant. C’était comme tout recommencer. C’est une nouvelle musique pour moi et je pense que c’est lié au fait que je l’ai écris moi même.
FYD : Comment en es-tu arrivé à travailler avec Hervé Salters de General Elektriks?
P.J. : Je suis Fan de Honeycut et General Elektriks depuis des années. J’écoutais leur premier album Cliquety Kliqk en tournée et j’aimais les mélodies : « hooo, this is spooky shit!« . Je l’ai rencontré plus tard en tournée et je suis donc allé le voir.
FYD : Que penses-tu de l’évolution de l’industrie du disque?
P.J. : Tu sais, il y a bien longtemps, avant le Rock’n Roll, il y avait le Skiffle. Ces groupes où le batteur jouait sur une planche à laver. C’était génial parce que n’importe qui pouvait jouer. N’importe qui pouvait monter un Skiffle band. On pouvait donc dire que la musique était aux mains du peuple. Et je pense qu’aujourd’hui tu peux tout écouter, tu peux être ton propre groupe et donner ta musique gratuitement. Alors oui, il faut trouver de nouvelles manière de faire de l’argent, mais d’un point de vue musical et artistique, la porte est grande ouverte et c’est bien. Les labels s’effondrent, mais les gens s’élèvent ; donc la musique se porte bien. Il y a tellement de choses aujourd’hui, tellement de musique que c’est dur à suivre.
FYD : J’ai l’impression qu’aujourd’hui c’est pour nous, public, que c’est génial. Mais d’un autre côté n’est-il pas de plus en plus difficile d’être un artiste? Tout doit aller très vite, que ce soit sur twitter ou autre, les artistes doivent sans arrêt avoir une certaine actualité.
P.J. : Du temps des Beatles je sais pas si c’était mieux. Il fallait sortir 2 albums par an, et des singles tout le temps. Et pour les artistes aujourd’hui, je pense que, plus que jamais, c’est le show qui compte. C’est comme les pièces de théâtre, tu dois être la physiquement pour le voir, internet ne peut pas rendre la même chose et c’est très bien. C’est animal tout ça, un mec avec son micro, sur scène, la lumière, l’audience, les mecs qui boivent leur bière. De nos jours c’est bien plus important de faire un show fabuleux. Ton concert c’est presque ton clip aujourd’hui. Ce qui fait que les live shows se sont beaucoup améliorés ces derniers temps. Et c’est une très bonne chose. Il nous reste juste à vendre de la drogue pour vivre…
FYD : En effet tu es célèbre pour tes performances live. Dans quelle mesure prépares-tu ton live? Tu travailles beaucoup dessus?
P.J. : Maintenant qu’il y a de vrais musiciens avec moi, je voulais vraiment avoir ce rendu live, mais tout en gardant une partie de sample. C’est de la d’où je viens et l’aspect digital reste important. Je n’ai pas tellement travaillé sur l’apparence de notre show, mais ce qui m’importe c’est la relation entre nous 3 sur scène et la connexion avec le public. Un rapport d’humain à humain. L’idée c’est presque de faire le concert dans ton salon. Il faut que ça soit vrai et sincère. Il faut que le public sente l’odeur du sang dans l’air. « Ok, il se passe quelque chose« .
FYD : Une dernière question, quel est l’album de l’année 2011 selon toi?
P.J. : Question très difficile! J’ai vraiment aimé Watch The Throne, l’album de Kanye West et Jay-Z, et si on a le droit considérer les EP, je placerais Woodkid. J’adore ce mec! C’est vraiment nouveau, c’est simple et c’est vraiment sorti de nulle part.
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La soirée continue avec le charismatique Saul Williams. Artiste aux multiples facettes et aux influences diverses, certains le pensent même fils de Gil Scott Heron. Un live qui révèle sa voix grave, puissante et profonde, une interview qui dévoile sa sagacité. Rencontre ici avec Saul Williams.
Funk You Dear : Salut Saul Williams, bienvenue au NJP. Que penses-tu de cette soirée Hip Hop? Tu connais Stupeflip et Pigeon John?
Saul Williams : Oui, Stupeflip je les ai déjà vu jouer plusieurs fois. Ils sont vraiment drôles, complètement fous sur scène.
FYD : Tu parles un peu français, comprends-tu leurs textes?
S.W. : Non, je ne comprends pas…
FYD : Nous non plus tu sais, on ne comprend pas tout.
S.W. : Et Pigeon John, je le connais de Los Angeles.
FYD : L’album The Inevitable Rise And Liberatin Of Niggy Tadust! sorti en 2007 était, dans un premier temps, en vente uniquement en ligne à prix libre. L’album suivant aussi. Penses tu que le CD est mort? Que penses-tu de l’évolution de l’industrie du disque?
S.W. : De nos jours, les gens décident si ils veulent soutenir un artiste en achetant leur album ou non. Et ceci, que l’artiste propose son album gratuitement ou pas. Que ce soit un film, ou n’importe quel album, on peut décider si on veut le télécharger ou si on veut payer. La question est donc de savoir dans quoi on veut mettre son argent, qui on veut soutenir et comment on veut le soutenir. Je pense donc que l’industrie du disque n’a pas d’autres choix que de s’adapter.
FYD : Ça n’est pas trop difficile pour un artiste d’être indépendant?
S.W. : La plupart des artistes signés sont indépendants. Pour moi, je compare ça à un réalisateur qui aurait un scripte, une idée. Et bien si une boite de production est prête à investir et produire le film, alors le réalisateur serait bien stupide de refuser. Et parfois c’est la même chose avec la musique. Tu peux accomplir quelque chose sur ton ordinateur, ou dans ton garage, qui semble proche de ce que tu veux. Mais tu sais bien que si tu veux vraiment donner vie à ce projet, tu auras besoin de payer un meilleur espace, etc. Et donc cela signifie demander de l’argent à tes parents ou a un label ou je sais pas… vendre de la drogue. Peu importe si le produit final est la musique. L’ascension et la chute de l’industrie musicale sont comme l’ascension et la chute d’une nation. Du moment que les choses sont équitables, je suis prêt à partager l’espace.
FYD : Il est évident que le texte a une place très importante dans ton travail, mais l’aspect rythmique et la danse semblent aussi au centre du projet. Est-ce un élément important pour toi? Composes-tu pour danser?
S.W. : Oui, c’est la chose la plus importante pour moi. Le texte c’est vraiment juste comme je pense. Les mots me viennent en tête lorsque j’entends un rythme. La chose la plus importante pour moi, en relation à la musique, c’est de me faire danser ou d’explorer une humeur.
FYD : Et même si on ne considère que les textes, il y a un rythme très fort dans le phrasé.
S.W. : Oui, pour moi il est important que les paroles ne viennent pas déranger la musique. Et c’est quelque chose que j’essaye d’apprendre. Quand j’ai commencé à écrire, mes textes étaient parfois trop chargés et couvraient la musique. Avec le temps, j’essaye de trouver de meilleurs placements pour les mots et j’apprends à dire plus avec moins de mots paradoxalement, et surtout à garder un équilibre avec la musique.
FYD : Tu as donc développé une nouvelle manière de travailler?
S.W. : C’est à chaque fois une nouvelle manière, mais en même temps c’est la même chose. Il s’agit vraiment de mieux écouter. Il est vrai que sur mon premier album j’ai du écrire le texte en premier. Alors que depuis j’écris d’abord la musique, et je laisse le texte lui répondre.
FYD : Sur ton dernier album Volcanic Sunlight, le titre Give It Up fait penser à James Brown. Est-t-il une influence importante pour toi?
S.W. : Ma mère est une grande fan de James Brown, elle allait même accoucher de moi quand elle était à l’un de ses concerts. Et j’ai toujours beaucoup aimé James Brown. Dans un premier temps, sur le titre Give It Up, je ne pensais pas du tout à lui, mais c’est impossible de ne pas jouer avec ces rythmes et de pas penser à lui à un moment donné. Alors oui, une fois arrivé au refrain, je pensais carrément à lui. Mais quand je dis « penser à lui » c’est, une fois de plus, la où tu mets ta voix. Où se trouve le « up ». C’est ça qui m’intéresse dans la musique. C’est comme si tu te trouves face à une forêt, ou si on devait construire une forêt sur cette table. On peut éparpiller des arbres partout, ou on peut placer chaque arbre mathématiquement, calculé les centimètres qui les séparent, tu peux faire ce que tu veux. Et le placement de ces arbres, pour moi c’est le cadre d’un beat. Ainsi ce avec quoi je joue sur Give It Up, c’est comme courir à travers la forêt, savoir quel parcours choisir. Car la manière dont tu places ta voix sur la musique est parfois l’élément qui rendra le titre dansant ou pas. Ça te fera t’asseoir pour écouter calmement ou au contraire danser.
FYD : Sur le titre « Dance », on peut entendre un sample de Disco ’82 extrait de la B.O. d’un film Bollywood. Tu utilises beaucoup de samples? Comment les choisis-tu ?
S.W. : J’écoute beaucoup de musique, et bien souvent, il y a dans une chanson, 30 secondes que je trouve meilleures que 30 autres secondes. Sur certaines chansons, lorsque mon moment préféré arrive, je m’énerve si quelqu’un parle : « oh mon dieu! tu viens de tout ruiner! ». Et dans certains cas, ces moments m’inspirent au point où je me dit « oh waw! j’entends 30 chansons en ce même instant ». Et ce titre, Disco ’82, est une chanson plutôt folle de disco Bollywood de 1992. Ce fut vraiment fun de construire autour de cette boucle.
FYD : Tu as enregistré à Paris, avec des musiciens français. Qu’est ce qui t’as amené à faire ce choix?
S.W. : J’ai connu la plupart des musiciens avec qui j’ai travaillé sur cet album par Renaud Létang qui l’a produit. Mais Tahiti Boy, je le connaissais déjà. J’ai choisi d’enregistrer à Paris avant tout à cause de Renaud, parce que je voulais travailler avec lui. Et puis c’était un très bon timing pour moi, j’étais très excité de venir à Paris.
FYD : Tu disais que tu écoutais beaucoup de musique. Tu as écouté des albums sortis cette année? Quelle est ta liste des meilleurs albums de 2011?
S.W. : Les albums récents, je les écoute souvent comme j’écoute les news du matin. Pour voir un peu ce qu’il y a de nouveau dans le monde. Et puis il y a la musique que j’écoute vraiment par plaisir. Mais je ne sais pas… J’ai vraiment aimé l’album de Lil Wayne, Tha Carter IV. Pour moi il est clair qu’il l’a écrit. Il n’est pas simplement allé en studio comme ça. La qualité s’en ressort bien plus forte. J’ai toujours aimé cet artiste, et cet album tout particulièrement. Ça c’est pour le Hip Hop. Sinon j’ai beaucoup aimé l’album de Pj Harvey, Let England Shake. Mais je crois que je suis encore beaucoup sur les albums de 2010 comme Caribou.
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Le chapiteau de la Pépinière s’est terminé avec les spécimens de Stupeflip. Des costumes rocambolesques et une ambiance à la fois cynique et provocante, le public assiste à de véritables narrations théâtrales un peu glauques. Pour ceux qui ont pensé à venir au Magic Mirrors, l’after fut réussi: les canadiens de Misteur Valaire ont fait un show des plus démentiels, enflammant littéralement le public. On est conquis. (On les retrouve bientôt en interview sur Funk You Dear - ndlr).
Crédits Photos : Funk You Dear (Lisa Burek)
Pigeon John :
Saul Williams :
Stupeflip :
Misteur Valaire :










