Une intrigante et volumineuse chevelure rousse, de l’or et des tresses cousues de part et d’autres de son corps, un étrange signe blanc sur noir, mélange symbolique d’un œil et d’une note de musique : Björk dévoile enfin son nouvel album. Révérence, s’il vous plait.
Voyage somptueux dans l’infinité spatiale, descente dans le microcosme atomique, Biophilia englobe l’Univers à travers sa musique. L’Islandaise revient avec une œuvre dantesque : recherche philosophique sur la vie, la musique, l’espace, de l’infiniment grand à l’infiniment petit… Björk est Poésie.
Une poésie qui se veut d’ailleurs accessible et personnelle. Ce n’est plus seulement sous la forme d’un CD que sort Biophilia, mais également à travers une application -pour le moment- réservée aux Iphones et Ipads. Une application ludique et gratuite sur les différents morceaux de l’album. L’utilisateur peut ainsi s’amuser à décomposer ou recomposer à sa guise les nouvelles créations de Björk. Réservé aux amateurs de la pomme en deuil, certes. Mais Björk n’est pas si élitiste que ça et en appelle au piratage de son application pour la rendre accessible à tous. Elle ajoute même que les programmes utilisés sont relativement simples et adaptables pour le transfert vers Android ou Blackberry (« I’m trusting that the pirates out there won’t tie their hands behind their back. {…} That’s why we really made sure when we wrote all the programs that they will transfer to other systems »). Björk offre ainsi un nouveau rapport à la musique : les fans ne sont plus seulement les spectateurs d’une création artistique mais en font partie et prennent part indirectement à la création, ils en voient les contours et peuvent jouer à être des petits Björk. Une idée lumineuse mais dont nous attendrons de voir les effets avec le recul nécessaire. Si vous êtes intéressés pour jouer à Björk, c’est par ici.
Le 11ème album de Björk arrive ainsi comme un véritable aérolithe. Un bloc. Une entité. Un long et unique morceau… la première écoute laisse perplexe. On se perd dans l’album, on cherche des repères, quelques titres qui ressortent. Et c’est peut-être là le génie de cet album que certains détesteront : Biophilia est une œuvre dense et riche à la grandeur des thèmes qu’elle traite. Les titres en sont les premiers révélateurs. Cosmogony, Moon, Solstice, Crystalline… autant de noms qui rappellent les origines de l’Univers et son incroyable mécanisme. Il faut se laisser aller dans cet infini, s’en immerger même. La voix de Björk y est admirablement cristallisée. On se retrouve devant une aurore boréale avec Mutual Core. On voyage dans le noir glacial et intense de l’espace avec Dark Matter. Les adjectifs immédiats à l’écoute en disent long: l’hiver magistral, la beauté d’une neige immaculée, les astres insondables. Il faudra écouter cet album encore et encore cet hiver dans le silence matinal d’une forêt. Biophilia ne tente pas d’expliquer par la musique la nature ou l’Univers. Mais il y met une consistance musicale, un ressenti, une émotion noble que les mots ne sauraient à eux seuls communiquer.
L’oeuvre de Björk va même plus loin encore. Elle a fait fabriquer ses propres instruments pour l’occasion : on retrouve une sorte de résonateur « Tesla coïl » reliée à une basse, des « pendules-harpes » gigantesques, un dit « gameleste », contracté de gamelan et de céleste.. Les lives sont alors de véritables musées d’art musical, des sortes d’expositions où se mêlent la musique, la sculpture, l’art contemporain, la mode… S’entourant d’artistes comme l’harpiste américaine Zeena Parkins ou le confrère de la scène électronique Matthew Herbert, Björk a su donner à ses fans et aux autres un album qui va au-delà des frontières musicales. Les arts se mélangent et se croisent, se complètent et s’harmonisent. On ne regarde plus la Lune de la même façon.
Signé chez One Little Indian
En écoute intégrale ici (via NPR)










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