Anna-Calvi

Live Report : Anna Calvi @ Les Trinitaires – 29 mars 2011

 

Mardi 29 mars 2011, cela fait quelque temps que j’attends ce jour. Depuis que je n’avais pas pu aller voir Nick Cave et son projet Grinderman sur sa tournée d’automne en fait et que la superbe, inconnue jusqu’alors, Anna Calvi faisait toutes ses premières parties. Là, je l’ai découvert, carrément accroché, et depuis la belle n’a cessé d’être encensée de toutes parts par la presse spécialisée et hyper généraliste. Difficile de passer à coté de la vague glam-rock qu’elle amène donc ! Les critiques vont bon train, Anna est comparée à Jeff Buckley, PJ Harvey. Brian Eno lui dira même ne pas avoir connu tel choc depuis Patti Smith dans les années 70′ .

Depuis sa sortie en début d’année, son album tourne en boucle, mes publications ne parlent plus que d’elle sur mes réseaux sociaux. En Février, je lis que l’anglaise s’est fait mal au bras gauche, et doit annuler quelques dates, je prie pour qu’ elle soit rétablie le jour J à Metz. Les jours passent, la date reste confirmée, son bras doit aller mieux, je suis rassuré. Les places pour le concert aux trinitaires partent évidemment à une vitesse assez folle, et je réussis à avoir une place, j’ai eu chaud, c’est le cas d’aucun de mes amis.

Mardi 29 mars

Je pars de Nancy en voiture et comme à mon habitude je me perds plus ou moins dans Metz, cette ville m’est maudite. Je trouve finalement assez rapidement les Trinitaires et lorsque j’arrive dans la salle, Milkymee a déjà commencé et a pour lourde responsabilité d’assurer la première partie de la soirée.

Seule face au public avec sa guitare, c’est avec des chansons folk plus moins énergiques que la native de Maisons-Alfort essaie de convaincre. Chanson pour Ben son ami américain, morceau de bande originale d’une marche finale en sifflotant, elle joue avec le public en essayant de faire reconnaître une reprise. Le public a l’air de trouver ça bien, moi je n’accroche vraiment pas, certaines influences se font beaucoup ressentir et sur le moment je me répète <n’est pas Patti Smith, qui veut>. De toutes façons je suis plus absorbé par le set de batterie qui scintille, et les guitares d’Anna qui même posées dans un coin me font imaginer la suite de la soirée. Après 6 ou 7 morceaux, Milkymee remercie le public plutôt réceptif et nous fait part de son honneur d’ouvrir le concert d’Anna Calvi, celle que tous sont venus admirer.

C’est le break, changement de plateau, deux hommes arrangent tout sur scène pour qu’il n’y ait aucun problème. L’un d’eux me fait sourire et ressemble à un surfer californien, cheveux courts, blonds platine, lunettes noires sur la tête,  aux faux airs d’un spike dans Buffy contre les vampires, et porte un t-shirt à l’éfigie de Rise Against, cela me rappelle le lycée. Le changement dure longtemps, beaucoup trop longtemps, ils vérifient tout, l’attente se fait vraiment longue. Je regarde un peu autour de moi et ai l’impression d’être l’un des plus jeunes de la salle. La moyenne est facilement de … allez je vais pas dire d’âge, je vais dire que le public était soit de rockeurs rangés, soit d’instituteurs. Je reconnais d’ailleurs un prof que j’ai eu en 5e. Ils sont heureux d’être là en tout cas les instit’, mais ils ont chaud, ils mettent leurs pulls autour de la taille. On en est à une demie heure de changement, ça devient vraiment long et je suis à deux doigts d’enlever ma veste aussi mais ça y est elle arrive.

21h37, Anna Calvi et ses musiciens entrent en scène.

Anna porte son habituelle tenue rouge et noire, ses cheveux sont tirés en arrière, rouge à lèvres rouge pulpeux, de petits souliers, des yeux enivrants, une réelle classe, une vraie présence scénique avant même de prononcer le moindre mot. Premier étonnement, ils sont quatre sur scène contre trois habituellement.

Le batteur envoie directement le premier titre, l’un de mes préférés, Suzanne and I. Des frissons commencent d’emblée à s’emparer de moi, le son qui était tout à l’heure moyen est maintenant parfait, et Anna commence à chanter, je suis déjà conquis. Sa voix est tout simplement incroyable, toute sa puissance se dévoile en live, l’enregistrement déjà très bon ne saurait rendre une telle puissance. Sa voix est pure, on sent le travail énorme que l’anglaise de 28 ans a réalisé tout au long de sa vie.

 

S’en suit Blackout, toujours d’une justesse improbable, la voix uniquement permet d’atteindre des pics de décibels. Je suis pile en face d’Anna quelques rangs plus loin, je ne peux pas vraiment voir Daniel Maiden-Wood, le batteur, mais je vois ses baguettes et ses bras taper très fort de chaque coté de la taille fine de la chanteuse. Sur ma droite, Mally Harpaz à l’harmonium reste dans sa bulle, mais elle a du taf et qu’est qu’elle le fait bien, je suis bluffé : xylophone, triangle, oeufs, cymbales, et j’en passe, elle gère tous ces sons qui créent l’univers si séduisant, voir érotique d’Anna Calvi. A gauche, toujours ce guitariste que je ne connais pas, jamais vu sur les vidéos promo, qui est – il ?

D’ailleurs, morceau suivant, il laisse la guitare à Anna, qui jusque maintenant n’a fait que chanter. I’ll be your man commence. Pour les plus sceptiques, l’intro de ce titre permettra de rendre compte du talent qu’elle a également guitare en main. Le morceau terminé, place aux présentations. Rien qu’à l’entendre parler pour présenter ses deux habituels acolytes, son phrasé me donne des frissons. Sa surpuissance vocale quand elle chante, se transforme en petit phrasé réservé quand elle parle - tellement attachant… à en devenir possessif-. Daniel Maiden-Wood, et Mally Harpaz présentés, arrive le moment de présenter ce fameux guitariste. Elle le remercie profondément d’être là pour assurer les parties de guitare qu’elle ne peut pas gérer à cause de son bras gauche récemment blessé- ok, je remets maintenant, elle s’est blessée et il est la solution provisoire-

Morning Light, Desire, passés avc brio et toujours un peu de frissons, le public est surexcité, et arrive le morceau que j’attends en live : Love won’t be leaving : Le morceau est envoûtant, bien plus que dans mon imagination, j’ai un sourire des plus niais. La longue intro progresse crescendo en intensité. Comparable à une danse diabolique, ce morceau représente à merveille l’univers sombre prenant les tripes de qui s’y prête. La musique laisse davantage de place au chant qui démontre encore toute sa magie, j’ai l’impression que mes cheveux s’hérissent, et je me sens le besoin de vérifier tellement la magie opère. Jamais je ne crois avoir connu ça. A peine le temps de vérifier que le long morceau est terminé et la belle nous remercie comme elle sait le faire avec son phrasé léger : « thank you, good night ». Vite on en veut encore, le rappel ! Je viens de prendre une méchante claque à la douceur diabolique.

Il est 22h08, la foule réclame la suite. A son retour, Anna nous montre son niveau de français: « merci, ça va? » originale en plus, mais on lui en veut pas, je ne vois pas comment on pourrait de toutes façons.

First we kiss, et Jezebel semblent être les derniers morceaux, la reprise de Jezebel est grandiose, le chant est surpuissant: tête penchée en arrière, yeux fermés, visage grimaçant mais toujours séduisant, les bras remontant le long de son buste vers son visage comme attirés par la puissance du chant : chant/cri d’une précision et d’une justesse absolument incroyable, Anna éblouit vraiment toute l’audience, surtout les instit’ qui ont décidément très chaud ce soir.

22h17, dernier rappel, en trio avec Anna à la guitare, pour The Devil.

Le concert se termine en apogée sur ce morceau, puissance et justesse sont les maîtres mots. Un set de 45 minutes, c’est court, oui, mais à aucun moment je n’ai fait autre chose qu’admirer le show, c’était extraordinaire, un charme se dégage de la scène comme jamais. Alors « que 45 minutes de concert? », non, 45 minutes au top, au paradis ! – d’ailleurs, un grand drap représentait le ciel et quelques nuages en toile de fond-

La voix d’Anna Calvi a résonné tout le long de mon retour à Nancy, je ne suis pas prêt de m’en remettre, ce concert a été le plus marquant de ceux que j’ai vu depuis fort longtemps.

Anna, « Thank you very much, good night »

 

 

7 Comments

  1. Angele

    Salut Antho !
    Très bonne critique! Je savais pas que tu y étais…et trés beau concert!
    Juste pour précision, le surfer au changement de plateau était le mec qui faisait le son « parfait » !
    :)

    des bises…

  2. Aurélie

    Bravo pour votre article, il rend bien compte des émotions que fait passer Anna! :) J’étais moi même étonnée de la moyenne d’âge, étant donné que j’ai 18 ans ^^ et je suis venue aussi de Nancy! ça valait le coup, je n’ai pas été deçue, toute l’intensité qu’elle met dans ses chansons, c’est incroyable! Mais, comme vous les soulignez, c’est quand même un peu court mais en même temps, elle n’a qu’un album.

  3. Otto Sentieri

    Zappa was right. The video from the Dublin Workmen’s Club embedded in this page is a classic example. Great music but a really poor video. Does the director really think viewers want to see lingering shots of the audience ? Why choose the clip where Anna is obscured by the percussion players arm, not just once but repeatedly ? Doh ! Dumbing down lads, dumbing down.

  4. Joe

    J’en pleure…

  5. Tristan

    @Otto Sentieri : I think the point here was the text. The video was just a little plus. May be you missed that because you don’t read french…

  6. Steve Mogerley

    Hi Otto Sentieri,

    Thank you for your thoughts. I directed the video in the Workmans Club. It was done with two handheld cameras from within the audience so we had no room to move. The reason there are ‘lingering shots of the audience’ is because it is common practice at a live gig, to try and tell a story so including audience reaction might give watchers a taste of the atmosphere and also because sometimes neither camera is capturing a stable enough or in focus enough shot to use, so a cut-away is necessary. If you do have any suggestions as to how I can improve my directorial skills, they would be much appreciated. Maybe some links to some music videos you have done might help me to improve my eye for a shot.

    Regards,

    Stephen Mogerley.

  7. Anna's Lover

    Trés bon article,vu Anna ce w.e à Marseille au café Julien ,ressenti la même chose concernant la première partie (sauf que nous elle s’est éternisée!!sous les encouragements du public…) et Anna avec une setlist différente, à quelques mètres seulement,en transe qui m’a littéralement envoûté ,se lançant dans un solo diffèrent plus intense que dans l’album sur « love won’t be leaving » ou elle semblait se battre avec sa guitare comme une danseuse exige de son corps,afin d’atteindre sa quête de perfection,dans cette petite salle ou on pouvais les toucher,son parfait tout simplement un sublime moment.

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